Aller au contenu principal
Encyclopédie universelle

Qui sont les Quechuas ?

Huit à dix millions de personnes parlent encore la langue du Tawantinsuyu — la famille de langues autochtones la plus parlée des Amériques.

Dernière mise à jour : octobre 2026

La réponse courte

Les Quechuas sont les peuples autochtones des Andes dont la langue — le quechua, ou runasimi, « la parole du peuple » — était la langue administrative de l’Empire inca. Quelque 8 à 10 millions de personnes le parlent au Pérou, en Bolivie, en Équateur et au Chili : la famille de langues autochtones la plus parlée des Amériques.

Une famille de langues, pas une langue unique

Quand on dit quechua, on désigne généralement deux choses à la fois : une famille de peuples et une famille de langues. Les peuples sont les habitants autochtones des Andes qui parlent des langues quechuas, ainsi que beaucoup d'autres qui partagent la culture et l'histoire andines. Les langues forment la famille de langues autochtones la plus parlée des Amériques, utilisée au Pérou, en Bolivie, en Équateur et dans certaines parties de la Colombie, de l'Argentine et du Chili. La réponse courte donne le chiffre couramment cité de huit à dix millions de locuteurs, une estimation large qui reflète la difficulté de compter les locuteurs dans six pays, dans les villes comme dans les villages de montagne.

Le quechua n'est pas une langue uniforme. Les linguistes divisent la famille quechua en de nombreuses variétés régionales, parfois regroupées en deux grandes branches, le quechua I dans les hautes terres du centre du Pérou et le quechua II dans le sud et le nord. Le quechua de Cuzco et le quechua d'Ayacucho, tous deux au Pérou, diffèrent l'un de l'autre ; le kichwa de l'Équateur, issu de la langue portée vers le nord par les Incas, diffère encore, et ses locuteurs l'appellent souvent kichwa plutôt que quechua. Les variétés sont apparentées comme le sont les langues romanes : assez proches pour que leur parenté soit évidente, assez éloignées pour que l'intercompréhension ne soit pas garantie. C'est pourquoi les chercheurs parlent généralement des langues quechuas au pluriel.

Le nom runasimi, souvent traduit par la parole du peuple, vient de runa, qui signifie personne ou peuple, et de simi, qui signifie parole ou bouche. À la période coloniale, les auteurs espagnols appelaient la langue la lengua general, la langue générale, parce qu'elle servait de lingua franca dans une grande partie des Andes. Le terme quechua lui-même viendrait de qhichwa, un mot désignant la zone de vallées tempérées des Andes, la ceinture écologique où vivent de nombreuses communautés quechuaphones.

Les Incas et la diffusion de la langue

Le quechua n'a pas commencé avec les Incas. Des versions de la langue étaient déjà parlées dans certaines parties des hautes terres péruviennes avant l'essor de l'Empire inca, et certains chercheurs soutiennent que l'empire Wari, centré sur Huari près de l'actuelle Ayacucho, contribua à diffuser une forme ancienne du quechua des siècles auparavant. Ce que firent les Incas, ce fut de prendre la variété parlée autour de Cuzco et d'en faire la langue administrative du plus grand empire jamais bâti dans les Amériques précolombiennes. Les fonctionnaires, les soldats et les commerçants la portèrent le long du réseau routier de l'empire, et les populations déplacées, connues sous le nom de mitmaqkuna, la portèrent encore plus loin.

L'Empire inca, appelé Tawantinsuyu, le Pays des quatre quartiers, n'avait pas de système d'écriture alphabétique. À la place, l'État tenait ses comptes avec des quipus, des cordelettes à nœuds dont la position, la couleur et le type de nœud codifiaient des nombres et, selon les chercheurs, peut-être des informations plus complexes. Les quipus enregistraient les chiffres de recensement, les récoltes, les obligations fiscales et les stocks des entrepôts d'État. L'absence d'écriture rend la réussite administrative inca d'autant plus frappante : un État de millions d'habitants, s'étendant sur des milliers de kilomètres de terrain montagneux, était gouverné par la mémoire, les messagers, les cordelettes et une langue commune.

L'État inca reposait sur des institutions andines qui le précédaient de loin. L'ayllu, un groupe de parenté élargi détenant la terre en commun, organisait le travail et la vie sociale. L'ayni, l'entraide réciproque entre foyers, et la minka, le travail collectif pour des projets communs, structuraient le travail dans les villages. La mit'a, une obligation de travail rotative due à l'État, construisait routes, terrasses et entrepôts, et fournissait les armées. Les Incas n'inventèrent pas ces institutions, mais ils les portèrent à l'échelle d'un empire. Après la conquête, les Espagnols conservèrent la mit'a à leurs propres fins, avant tout dans les mines d'argent de Potosí, où elle devint un régime de travail forcé brutal très différent de sa forme antérieure.

Conquête, colonie et lengua general

La conquête espagnole de l'Empire inca commença à Cajamarca en 1532, quand la petite troupe de Francisco Pizarro captura l'empereur Atahualpa au lendemain d'une guerre civile entre Atahualpa et son frère Huáscar. Cuzco tomba l'année suivante. Mais la conquête des Andes ne fut pas un événement unique : la résistance se poursuivit pendant des décennies, notamment l'État néo-inca de Vilcabamba, qui tint jusqu'en 1572. La domination espagnole apporta les épidémies, le travail forcé et la réorganisation de la vie autochtone autour des villes coloniales, des mines et des haciendas.

Paradoxalement, la domination espagnole diffusa aussi le quechua. Les administrateurs et les missionnaires coloniaux l'adoptèrent comme langue d'évangélisation et de gouvernement local, et le troisième concile de Lima, dans les années 1580, ordonna la production de catéchismes et de grammaires en quechua. Les grammaires et dictionnaires missionnaires standardisèrent la langue sous forme imprimée pour la première fois, et le quechua devint la langue de travail d'une vaste société coloniale. Le chroniqueur Felipe Guaman Poma de Ayala, un écrivain andin autochtone, rédigea au début du XVIIe siècle son immense lettre illustrée au roi d'Espagne dans un mélange d'espagnol et de quechua, une œuvre qui reste l'un des grands témoignages directs sur les Andes coloniales.

Le quechua devint aussi une langue de rébellion. En 1780, le kuraka José Gabriel Condorcanqui, qui prit le nom de Túpac Amaru II d'après un souverain inca antérieur, lança le plus grand soulèvement autochtone de l'histoire coloniale sud-américaine, exigeant la fin des abus coloniaux. La rébellion s'étendit à travers le Pérou et jusqu'en Bolivie et en Argentine avant d'être écrasée en 1781 ; Túpac Amaru fut exécuté à Cuzco d'une manière délibérément publique et brutale. La révolte effraya les autorités coloniales, et dans ses suites l'usage du quechua dans les cadres formels fut découragé. Mais la langue continua d'être parlée par des millions de personnes, et elle porta la mémoire andine à travers les guerres d'indépendance et l'époque républicaine.

Le quechua aujourd'hui

Le quechua est aujourd'hui une langue officielle dans plus d'un pays. La constitution du Pérou reconnaît le quechua aux côtés de l'espagnol, et il y détient un statut officiel depuis les années 1970. La constitution bolivienne de 2009 nomme le quechua et trente-cinq autres langues autochtones comme langues officielles de l'État. En Équateur, la constitution reconnaît le kichwa comme langue officielle de relations interculturelles. Le statut officiel ne s'est pas toujours traduit par un traitement égal : les quechuaphones ont historiquement subi des discriminations à l'école, devant les tribunaux et dans la vie publique, et des générations d'enfants furent punis ou humiliés pour avoir parlé leur langue maternelle à l'école. Les programmes d'éducation bilingue interculturelle, développés au cours des dernières décennies, visent à inverser cette histoire, avec des résultats inégaux.

La culture quechua est visible bien au-delà des Andes. La musique andine, construite autour des flûtes de Pan, des flûtes et du charango, un petit luth traditionnellement fabriqué à partir d'une carapace de tatou, s'entend dans le monde entier, et les textiles andins, tissés selon des motifs porteurs de significations locales, comptent parmi les artisanats les plus admirés des Amériques. La pomme de terre, domestiquée dans les Andes il y a des milliers d'années, et des cultures comme le quinoa et le maïs restent des aliments de base de l'agriculture andine, encore largement organisée autour des terrasses et du travail collectif. Des fêtes comme l'Inti Raymi, la fête du solstice d'hiver dédiée au soleil, sont célébrées à Cuzco et ailleurs, attirant des foules de visiteurs aussi bien que de participants.

La langue trouve aussi une vie nouvelle dans les médias et la technologie. La radiotélévision d'État du Pérou a lancé un journal télévisé en quechua, Ñuqanchik, en 2016, le premier du genre à la télévision nationale. Des stations de radio en quechua desservent des communautés à travers les Andes, et une édition en quechua de Wikipédia a été construite par des bénévoles. Des artistes de hip-hop et des cinéastes quechuaphones travaillent dans la langue, et des universités au Pérou, en Bolivie et à l'étranger l'enseignent. Les peuples quechuas, comme les Mayas, ne sont pas une relique du passé : ce sont des millions de personnes dont la langue est parlée dans les villages de montagne, dans les villes andines et dans les communautés migrantes du monde entier.

Le dossier complet

Encyclopédie

Lire le dossier complet

Huit à dix millions de personnes parlent encore la langue du Tawantinsuyu — la famille de langues autochtones la plus parlée des Amériques.…

Sources

Questions liées

Plus du Bureau

Toutes les questionsFactbookClassements

Dans tout le Bureau

Les premiers conteurs : l’Australie aborigène — HistoireAda Lovelace : la première programmeuseAdolf Hitler : ascension, guerre et HolocausteAfghanistan — Fiche paysAlbanie — Fiche paysAlgérie — Fiche paysHistoire de Afghanistan — ChronologieHistoire de Albanie — Chronologie