Qui sont les Amazighs (Berbères) ?
Les Amazighs — « hommes libres » dans leur propre langue, longtemps appelés Berbères de l'extérieur — sont le peuple autochtone de l'Afrique du Nord, enraciné là des millénaires avant les Arabes. Au Maroc, ils sont le socle profond du pays : les dynasties almoravide, almohade et mérinide étaient amazighes, et le tamazight est aujourd'hui langue officielle du royaume.
Dernière mise à jour : octobre 2026
Les Imazighen, pluriel d'Amazigh, s'étendent de l'oasis de Siwa en Égypte à l'Atlantique, et au sud jusqu'aux Touaregs du Sahara — une mosaïque de peuples parlant des langues apparentées : le tarifit dans le Rif, le tamazight dans le Moyen Atlas, le tachelhit dans le Souss, écrites dans l'antique alphabet tifinagh. Longtemps marginalisés par l'arabisation d'après l'indépendance, les Amazighs ont obtenu leur percée en 2011, quand la nouvelle constitution fit du tamazight une langue officielle aux côtés de l'arabe.
Les peuples qui se nomment Imazighen, pluriel d'Amazigh, vivent sur un immense arc de l'Afrique du Nord : de l'oasis de Siwa, en Égypte, à l'est, à travers la Libye, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, jusqu'à la côte atlantique à l'ouest, et vers le sud, à travers le Sahara, jusqu'aux Touaregs du Mali, du Niger et au-delà. Ils ne forment ni une seule tribu ni une seule nation, mais une famille de peuples liés par des langues apparentées, des histoires partagées et un sentiment commun d'appartenance à la terre qu'ils habitent depuis des milliers d'années.
Le mot Amazigh est souvent traduit par hommes libres ou hommes nobles, bien que les spécialistes débattent de son sens originel exact. Le terme mieux connu de Berbère vient de l'extérieur : il descend du grec barbaroi, un mot que les Grecs appliquaient aux peuples qui ne parlaient pas grec, passé ensuite dans l'usage latin et arabe. De nombreux Amazighs considèrent aujourd'hui Berbère comme une étiquette imposée et préfèrent Amazigh ; cette page emploie Amazigh, sauf lorsque l'ancien terme figure dans des noms historiques. Les langues qu'ils parlent, regroupées sous le nom de tamazight, appartiennent à la famille afro-asiatique et comprennent le tarifit dans le Rif, le tamazight dans le Moyen Atlas, le tachelhit dans le Souss, le kabyle en Algérie et le tamasheq chez les Touaregs.
L'Afrique du Nord est habitée depuis la préhistoire profonde, et les ancêtres des Amazighs étaient déjà installés dans toute la région lorsque les grandes puissances de la Méditerranée antique commencèrent à y arriver. Les archives égyptiennes mentionnent des peuples libyens à l'ouest dès le deuxième millénaire avant notre ère. Au premier millénaire avant notre ère, le royaume amazigh de Numidie, dont le roi le plus célèbre fut Jugurtha, s'allia tour à tour à Rome et la combattit, et les cités côtières de la région, au premier rang desquelles Carthage, s'appuyaient sur les agriculteurs, les cavaliers et les commerçants amazighs.
Les Amazighs développèrent l'une des écritures les plus singulières du monde antique, le tifinagh, dont les caractères sont encore gravés sur les rochers du Sahara et, sous une forme modernisée, servent aujourd'hui à écrire le tamazight. Cette écriture est l'un des rares systèmes d'écriture anciens qui ne se sont jamais entièrement éteints, maintenu en vie surtout par les communautés touarègues du désert. L'archéologie, la linguistique et la génétique convergent vers la même conclusion : les Amazighs ne sont pas des nouveaux venus en Afrique du Nord, mais sa plus ancienne population continue, avec des racines qui remontent à des milliers d'années avant l'arrivée des Arabes, des Romains ou des Phéniciens.
Les Amazighs ne se contentèrent pas de subir le passage des empires ; ils bâtirent certains des plus grands. Au XIe siècle, le mouvement almoravide, né parmi les Sanhaja du Sahara, conquit le Maroc, fonda Marrakech et porta son pouvoir au-delà du détroit de Gibraltar jusque dans l'Espagne musulmane. Au XIIe siècle, les Almohades, surgis des montagnes de l'Atlas, bâtirent un empire qui s'étendait de la Libye à l'Andalousie et firent de Marrakech, Séville et Rabat de grandes capitales. Aux XIIIe-XVe siècles, les Mérinides, une autre dynastie amazighe, régnèrent sur le Maroc depuis Fès et y élevèrent madrasas et portes monumentales.
L'islam atteignit l'Afrique du Nord aux VIIe et VIIIe siècles, et les Amazighs l'adoptèrent tout en conservant une grande partie de leur langue et de leur droit coutumier. L'historien médiéval Ibn Khaldoun, écrivant au XIVe siècle, consacra de longs passages aux peuples d'Afrique du Nord, décrivant leurs tribus, leurs dynasties et leurs cycles d'essor et de déclin. Son œuvre demeure l'une des sources anciennes les plus riches sur l'histoire amazighe, et l'un des textes fondateurs de la sociologie historique.
Le XXe siècle fut rude pour l'identité amazighe. Après les indépendances, plusieurs États nord-africains menèrent une politique d'arabisation, promouvant l'arabe comme seule langue de l'école, de l'administration et de la vie publique, et traitant les langues amazighes comme des dialectes à abandonner. En réponse, des militants, des écrivains et des chercheurs amazighs bâtirent un mouvement culturel qui réclama la reconnaissance du tamazight dans l'enseignement et la vie publique, ainsi que la dignité de l'histoire amazighe dans les récits nationaux.
Le Maroc fut le premier des États de la région à bouger. En 2001, le roi Mohammed VI créa l'Institut royal de la culture amazighe, et en 2011, après les mouvements de contestation de cette année-là, une nouvelle constitution fit du tamazight une langue officielle du royaume, aux côtés de l'arabe. Le tamazight est aujourd'hui enseigné dans les écoles, employé dans l'audiovisuel public et écrit en tifinagh sur les panneaux routiers à travers le pays. Le nouvel an amazigh, Yennayer, est célébré largement à travers l'Afrique du Nord et par les communautés de la diaspora en France, en Espagne, aux Pays-Bas et ailleurs. La musique amazighe, du blues du désert des guitaristes touaregs aux danses ahwash de l'Atlas, et l'artisanat amazigh, au premier rang duquel le tissage de tapis et la bijouterie d'argent, portent une culture qui a survécu à tous les empires qui tentèrent de l'absorber.
- Institut royal de la culture amazighe (IRCAM), Rabat.
- UNESCO, sur les langues tamazight et le patrimoine culturel immatériel.
- Encyclopaedia Britannica, article sur les Amazighs.
- British Museum, sur l'histoire de l'Afrique du Nord et l'écriture tifinagh.
- Michael Brett et Elizabeth Fentress, The Berbers, Blackwell.
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