Qui étaient les Moghols ?
Panipat, 1526 : une dynastie nouvelle entre en Inde — et bâtit l’État le plus riche de la terre, où le vers persan épousa l’art indien.
Dernière mise à jour : octobre 2026
En 1526, à Panipat au nord de Delhi, un prince d’Asie centrale avec des canons de campagne et une cavalerie rapide anéantit le sultan de Delhi en un seul jour — et fonda un empire qui deviendrait l’État le plus riche de la terre. Les Moghols régnèrent sur l’Inde pendant trois siècles, et à leur apogée ils détenaient environ le quart de la richesse mondiale.
L'Empire moghol fut fondé par Babur (1483-1530), un prince d'Asie centrale descendant de Timour, connu en Occident sous le nom de Tamerlan, du côté de son père, et de Gengis Khan du côté de sa mère. Babur hérita d'un petit royaume à Ferghana, dans l'actuel Ouzbékistan, le perdit, et passa des années comme prince errant avant de prendre Kaboul en 1504. Depuis Kaboul, il regarda vers le sud, vers les riches plaines de l'Hindoustan. En 1526, à la première bataille de Panipat, au nord de Delhi, son armée, forte peut-être de douze mille hommes, affronta l'armée bien plus nombreuse d'Ibrahim Lodi, le sultan de Delhi. Les canons de campagne de Babur et ses tactiques de cavalerie, dont la tulughma, une manœuvre d'enveloppement apprise de la guerre centre-asiatique, détruisirent l'armée du sultan en un seul jour, et Ibrahim Lodi fut tué. Babur prit Delhi et Agra, et l'année suivante il vainquit une confédération de princes rajputs à Khanwa. L'Empire moghol était né.
Le fils de Babur, Humayun (1508-1556), faillit tout perdre. Chassé d'Inde par le souverain afghan Sher Shah Suri en 1540, il passa des années en exil à la cour safavide de Perse avant de revenir reprendre Delhi en 1555. Il mourut l'année suivante après une chute dans sa bibliothèque. Son fils Akbar, qui monta sur le trône à treize ans en 1556, rendrait l'empire réel. Le nom moghol lui-même vient du mot persan pour Mongol, un rappel de l'ascendance centre-asiatique de la dynastie, bien que les Moghols fussent culturellement persanisants et turcs par la langue et les coutumes, et qu'ils gouvernassent un empire très majoritairement indien.
Akbar (1542-1605) régna pendant près d'un demi-siècle et transforma un fragile royaume du nord de l'Inde en un empire sous-continental. Il s'étendit sans relâche, conquérant le Gujarat, le Bengale, le Cachemire, le Sind et des parties du Deccan, et il construisit une administration pour tenir l'ensemble. Son instrument central fut le système du mansabdari, une hiérarchie graduée de fonctionnaires classés, payés et mutés par l'empereur, et qui lui devaient le service militaire. Les revenus de l'empire provenaient de l'impôt foncier, évalué avec l'aide de son ministre des finances, Raja Todar Mal, dont les règlements fiscaux mesuraient et classaient les terres cultivées. Akbar construisit aussi une nouvelle capitale à Fatehpur Sikri, une ville de palais et de mosquées en grès rouge, occupée pendant seulement une dizaine d'années avant que la cour ne retourne à Agra, pour des raisons que les chercheurs débattent encore, l'approvisionnement en eau comptant parmi les principales explications.
Akbar est aussi resté dans les mémoires pour sa politique de tolérance religieuse, connue sous le nom de sulh-i kul, la paix avec tous. Il abolit la jizya, l'impôt sur les non-musulmans, et la taxe sur les pèlerins, épousa des princesses rajputes et fit entrer des nobles rajputs aux plus hauts rangs de son service, et nomma des hindous à des postes supérieurs. Il construisit un ibadatkhana, une Maison de culte, à Fatehpur Sikri, où des savants de différentes confessions, dont des missionnaires jésuites venus de l'établissement portugais de Goa, débattaient de théologie devant lui. Dans ses dernières années, il promulgua une éthique centrée sur la cour connue sous le nom de Din-i Ilahi, la Religion de Dieu, dont la nature exacte est débattue : certains chercheurs la traitent comme une religion nouvelle, d'autres comme un culte de loyauté centré sur l'empereur, et d'autres encore comme un programme philosophique plutôt qu'une foi. Ce qui n'est pas débattu, c'est que les politiques d'Akbar permirent à une dynastie musulmane de gouverner un empire à majorité hindoue avec la coopération de ses élites hindoues. Le verdict des historiens sur Akbar est exceptionnellement favorable, mais l'empire qu'il construisit dépendait de son autorité personnelle, et les empereurs ultérieurs gouverneraient différemment.
Les successeurs d'Akbar présidèrent à un empire d'une richesse et d'une splendeur extraordinaires. Jahangir (1569-1627) poursuivit les politiques de son père, protégea la peinture, et laissa un mémoire, le Tuzuk-i Jahangiri, qui est l'une des grandes œuvres autobiographiques de la période. Shah Jahan (1592-1666) construisit le Taj Mahal à Agra, un mausolée de marbre blanc pour son épouse Mumtaz Mahal, morte en 1631, et rebâtit Delhi sous le nom de Shahjahanabad, avec le Fort Rouge et la Jama Masjid comme pièces maîtresses. La peinture moghole, mêlant des influences persanes, indiennes et européennes, produisit certains des plus beaux arts en miniature du monde, et l'architecture moghole, du Taj Mahal aux forts de Lahore et d'Agra, reste parmi les constructions les plus admirées du monde. L'économie de l'empire était l'une des plus grandes de la planète : l'Inde produisait une grande part des textiles du monde, et les commerçants européens, avant tout les compagnies anglaise et hollandaise des Indes orientales, venaient les acheter.
Le règne de Shah Jahan se termina par une guerre civile. En 1658, son fils Aurangzeb s'empara du trône, emprisonna son père dans le fort d'Agra et vainquit ses frères dans une guerre de succession. Aurangzeb (1618-1707) régna pendant près de cinquante ans et porta l'empire à sa plus grande extension territoriale, s'enfonçant profondément dans le Deccan. Ses politiques sont les plus débattues de tous les empereurs moghols. Il rétablit la jizya en 1679, ordonna la destruction de certains temples hindous tout en en protégeant d'autres, et bannit la musique de cour dans ses dernières années. Les historiens ne s'accordent pas sur ses motifs : certains lisent son règne comme un tournant vers l'orthodoxie islamique, d'autres soutiennent que ses décisions furent dictées par la pression fiscale, la guerre et la politique de l'empire, et soulignent que les hindous continuèrent de servir en grand nombre dans son administration. Ce qui est certain, c'est que ses interminables campagnes du Deccan drainèrent le trésor, et que les Marathes, une puissance hindoue montante de l'ouest de l'Inde sous Shivaji et ses successeurs, se révélèrent impossibles à soumettre.
Le déclin de l'Empire moghol fut multicausal, et aucune explication unique ne suffit. Après la mort d'Aurangzeb en 1707, les guerres de succession, la tension fiscale et la surextension de l'empire firent toutes leurs effets. Les gouverneurs de province se taillèrent des États effectivement indépendants : Hyderabad, le Bengale, l'Awadh et d'autres. Les Marathes s'étendirent à travers l'Inde centrale, et les Sikhs bâtirent leur propre puissance au Pendjab. En 1739, le conquérant perse Nader Shah envahit l'Inde, vainquit l'armée moghole à Karnal et mit Delhi à sac, emportant le Trône du Paon et un immense trésor. Le souverain afghan Ahmad Shah Durrani envahit à plusieurs reprises dans les décennies suivantes. Au milieu du XVIIIe siècle, l'autorité effective de l'empereur moghol s'étendait à peine au-delà de Delhi, et la véritable lutte pour l'Inde opposait les Marathes, les États régionaux et la Compagnie anglaise des Indes orientales, qui bâtit son propre empire territorial après ses victoires au Bengale dans les années 1750.
La fin survint avec la rébellion indienne de 1857. Le dernier empereur moghol, Bahadur Shah Zafar, un vieux roi poète, fut proclamé empereur par les rebelles à Delhi. Les Britanniques écrasèrent la rébellion, jugèrent Zafar pour trahison et l'exilèrent à Rangoon en Birmanie, où il mourut en 1862. L'empire fut formellement aboli en 1858, et l'Inde passa sous domination britannique directe. L'héritage moghol survécut à l'empire : la langue ourdou, qui prit forme dans les camps et les cours moghols ; la cuisine moghole, qui façonna la cuisine de l'Inde du Nord et du Pakistan ; les jardins, les textiles et l'architecture moghols ; et le Taj Mahal, qui attire des millions de visiteurs chaque année. Les Moghols furent des conquérants venus d'Asie centrale qui devinrent indiens, et l'Inde qu'ils laissèrent derrière eux porte encore leur empreinte dans ses langues, ses villes et sa nourriture.
- Stephen Dale, Babur: Timurid Prince and Mughal Emperor, 1483-1530 (Cambridge University Press).
- Abraham Eraly, The Mughal Throne (Weidenfeld and Nicolson) — la saga des grands empereurs.
- John F. Richards, The Mughal Empire (Cambridge University Press) — le volume de référence de la New Cambridge History of India.
- Satish Chandra, Medieval India (Har-Anand) — sur l'administration et l'économie de l'empire.
- Audrey Truschke, Aurangzeb: The Life and Legacy of India's Most Controversial King (Stanford University Press) — un récit révisionniste de l'empereur débattu.
- Aboul Fazl, Akbarnama (traduit par H. Beveridge) — l'histoire officielle du règne d'Akbar.
- Les inscriptions de l'UNESCO au patrimoine mondial pour le Taj Mahal, le tombeau de Humayun, Fatehpur Sikri et le Fort Rouge.