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Encyclopédie universelle

Qui était Jésus de Nazareth ?

Ni armée, ni écrits, ni fonction. Un prédicateur galiléen exécuté comme un criminel — et deux mille ans plus tard, 2,4 milliards d’hommes le suivent.

Dernière mise à jour : octobre 2026

La réponse courte

Il n’écrivit rien, n’exerça aucune charge, ne commanda aucune armée, et mourut de la mort des criminels hors de Jérusalem vers l’an 30. Pourtant nulle vie dans l’histoire ne s’est révélée plus décisive : deux mille ans plus tard, près d’un tiers de l’humanité suit Jésus de Nazareth.

La question historique

Jésus de Nazareth est la figure la plus influente de l’histoire occidentale, et aussi l’une des plus difficiles à retrouver en tant que personne historique. Il n’a rien écrit qui survive, il n’a exercé aucune fonction, et il n’a commandé aucune armée. Ce que l’on sait de lui vient de textes écrits par ses disciples, les Évangiles, et d’une poignée de références chez des auteurs non chrétiens. Les historiens qui l’étudient travaillent donc avec un problème particulier : séparer les croyances du mouvement qu’il a fondé de la vie de l’homme qui l’a fondé. Le tableau qui émerge de ce travail est largement partagé parmi les chercheurs, quelles que soient leurs croyances personnelles, et c’est le tableau que cette notice présente.

Les grandes lignes ne sont pas sérieusement contestées. Jésus est un prédicateur juif de Galilée, dans l’actuel nord d’Israël, qui vit au Ier siècle, est baptisé par Jean le Baptiste, rassemble des disciples, enseigne en paraboles et en sentences, et est exécuté par crucifixion à Jérusalem sous le préfet romain Ponce Pilate, sous le règne de l’empereur Tibère. Ses disciples rapportent qu’il est ressuscité d’entre les morts, et leur proclamation de cette croyance devient le fondement du christianisme, qui grandit d’un petit mouvement juif pour devenir la plus grande religion du monde. Tout ce qui dépasse ces grandes lignes, y compris les détails de son enseignement, la chronologie exacte et la nature de ses affirmations, relève des preuves et de l’interprétation, et les chercheurs en débattent vigoureusement.

Deux points de méthode comptent. D’abord, les Évangiles ne sont pas des biographies au sens moderne. Ce sont des proclamations de foi, écrites des décennies après la mort de Jésus, en grec, par des auteurs qui ne l’ont jamais rencontré, et ils sélectionnent et façonnent leur matériau pour persuader les lecteurs. Ensuite, ils sont néanmoins les meilleures preuves disponibles, et ils conservent beaucoup de matériau que les historiens jugent ancien et authentique, y compris des paroles et des récits qui embarrassaient l’Église primitive et qu’elle n’aurait pas inventés. La tâche du chercheur est de lire ces textes de manière critique, de les comparer entre eux et avec ce que l’on sait du judaïsme du Ier siècle et de la domination romaine, et de reconstituer ce que l’on peut savoir avec une confiance raisonnable.

La vie en Galilée au Ier siècle

Jésus naît dans les dernières années du règne d’Hérode le Grand, mort en 4 avant notre ère, ce qui signifie que la date traditionnelle de sa naissance, l’an un du calendrier chrétien, est de quelques années trop tardive. L’erreur de calendrier vient d’un moine du VIe siècle, Denys le Petit, qui s’est trompé dans son calcul. Les Évangiles de Matthieu et de Luc disent qu’il est né à Bethléem, la ville du roi David, et qu’il a été élevé à Nazareth, un petit village de Galilée. Les historiens acceptent généralement Nazareth comme son foyer, puisque c’est l’affirmation la moins commode : personne inventant un messie ne lui aurait donné une ville natale obscure. Sa mère est Marie, et son père, ou père légal, est Joseph, décrit comme un tekton, un mot souvent traduit par charpentier, mais qui désigne plus largement un bâtisseur ou un artisan travaillant le bois et la pierre.

La Galilée au Ier siècle est une région juive sous domination romaine, administrée par Hérode Antipas, un fils d’Hérode le Grand, qui gouverne comme tétrarque. C’est un pays de villages, de fermes et de bourgs de pêcheurs autour de la mer de Galilée, et ses habitants parlent l’araméen, le grec étant la langue de l’administration et du commerce. Le Temple de Jérusalem est au centre de la vie religieuse juive, et la population juive est divisée en groupes aux vues différentes : les pharisiens, qui insistent sur la loi et les traditions ; les sadducéens, associés au sacerdoce du Temple ; les esséniens, qui se retirent dans le désert ; et les zélotes, qui résistent à Rome. L’enseignement de Jésus naît de ce monde, et il se comprend le mieux comme un enseignement juif, adressé à des Juifs, dans des catégories juives.

On ne sait presque rien de la vie de Jésus avant son ministère public, qui commence quand il a environ trente ans. Il est baptisé par Jean le Baptiste, un prédicateur populaire qui appelle les Juifs à la repentance et les baptise dans le Jourdain. Le baptême est l’un des faits que les historiens tiennent pour les plus certains, précisément parce qu’il est embarrassant pour l’Église primitive : il implique que Jésus se soumet au rite d’un autre homme, et un mouvement inventant une biographie ne l’aurait pas inventé. Après le baptême, selon les Évangiles, Jésus commence à prêcher en Galilée, rassemblant un cercle de douze disciples proches, appelés apôtres, et un groupe plus large d’hommes et de femmes qui voyagent avec lui.

L’enseignement

Le cœur de l’enseignement de Jésus, tel que les Évangiles le présentent, est le Royaume de Dieu, le règne à venir de Dieu sur la terre, qu’il annonce comme proche. Il enseigne que Dieu remettra le monde à l’endroit, que les derniers seront les premiers, et que les pauvres, les affligés et les persécutés seront bénis. Le Sermon sur la montagne, dans l’Évangile de Matthieu, rassemble cet enseignement sous sa forme la plus célèbre : les Béatitudes, le commandement d’aimer ses ennemis, et la Règle d’or, traiter les autres comme on voudrait être traité. L’enseignement est éthique et eschatologique à la fois, un appel à vivre dès maintenant comme si le Royaume était déjà arrivé.

Jésus enseigne largement en paraboles, de courts récits tirés de la vie quotidienne, sur des agriculteurs et des pêcheurs, des brebis perdues et des fils prodigues, des invités de noces et des ouvriers de vigne. Les paraboles sont largement considérées comme la couche la plus authentique de son enseignement, car leur style est distinctif et parce qu’elles ne servent pas les arguments théologiques ultérieurs de l’Église. Leur sens est souvent délibérément indirect : elles surprennent, elles renversent les attentes, et elles laissent l’auditeur dégager la leçon. La parabole du Bon Samaritain, dans laquelle un membre d’un groupe méprisé est le héros, et la parabole du Fils prodigue, dans laquelle un père accueille un fils qui a dilapidé son héritage, comptent parmi les récits les plus racontés au monde.

Jésus agit aussi de manières qui suscitent la controverse. Il mange avec des collecteurs d’impôts et des pécheurs, des gens que la religion respectable évite, et il guérit les malades, y compris les lépreux et les personnes considérées comme possédées, le jour du sabbat, le jour de repos, au mépris des interprétations strictes de la loi. Il attaque l’establishment religieux, accusant les pharisiens d’hypocrisie et les autorités du Temple de corruption. Il chasse les changeurs de monnaie des parvis du Temple, un acte qui, dans les Évangiles, scelle son destin. La question de savoir s’il s’est proclamé Messie, le roi oint attendu par les Juifs, est l’une des plus débattues du domaine. Les Évangiles le présentent comme le Messie, et comme le Fils de Dieu, mais les historiens débattent de la part de ce langage qui remonte à Jésus lui-même et de celle qui lui a été appliquée par ses disciples après sa mort.

Arrestation, procès et crucifixion

La fin de la vie de Jésus est la partie la mieux attestée. Selon les Évangiles, il se rend à Jérusalem pour la fête de la Pâque, partage un dernier repas avec ses disciples, la Cène, et est trahi par l’un des siens, Judas Iscariote, qui l’identifie aux autorités du Temple. Il est arrêté au jardin de Gethsémani, interrogé par le grand prêtre Caïphe et le Sanhédrin, le conseil juif, puis livré à Ponce Pilate, le préfet romain de Judée, qui seul a le pouvoir d’exécuter. Pilate, après l’avoir interrogé, le condamne à la crucifixion, le châtiment romain pour les rebelles et les esclaves. L’exécution a lieu hors des murs de Jérusalem, à un endroit appelé Golgotha, le lieu du crâne, et son corps est déposé dans un tombeau.

La date de la crucifixion est généralement située vers 30 ou 33, sous la préfecture de Pilate, qui gouverne la Judée de 26 à 36. Les Évangiles diffèrent sur les détails du procès et du calendrier, et les historiens débattent de la question de savoir si les autorités juives ou le gouverneur romain portent la plus grande responsabilité. Ce qui est clair, c’est que la crucifixion est un acte romain, exécuté par des soldats romains, et que l’accusation, telle qu’inscrite sur la croix, est que Jésus se proclame roi des Juifs, une prétention politique que Rome traite comme une sédition. Les Romains crucifient des milliers de personnes en Judée au Ier siècle, et du point de vue romain, Jésus est un prédicateur encombrant de plus dans une province agitée.

Les preuves non chrétiennes, bien que minces, confirment les grandes lignes. L’historien romain Tacite, écrivant vers 116, rapporte que Christus a subi le châtiment extrême sous Ponce Pilate sous le règne de Tibère. L’historien juif Flavius Josèphe, écrivant dans les années 90, mentionne Jésus deux fois dans ses Antiquités, une fois dans un passage sur Jacques, le frère de Jésus, et une fois dans le passage plus long du Testimonium Flavianum, un passage en partie authentique et en partie amplifié par des copistes chrétiens ultérieurs. Ces références n’ajoutent pas beaucoup de détails, mais elles comptent, car elles montrent que Jésus est connu en dehors des cercles chrétiens en moins d’un siècle après sa mort, et que le fait fondamental de son exécution sous Pilate n’est pas une invention chrétienne.

La résurrection et la naissance du christianisme

Ce qui se passe ensuite relève de la foi pour les chrétiens et de l’histoire pour les chercheurs, et les deux doivent rester distincts. Les Évangiles rapportent que, le troisième jour après la crucifixion, le tombeau est trouvé vide, et que Jésus apparaît à ses disciples, vivant, lors d’une série de rencontres. Les chrétiens croient que Jésus est ressuscité d’entre les morts, et que la résurrection est l’événement central de leur foi. Les historiens, en tant qu’historiens, ne peuvent pas vérifier une résurrection, et ils n’essaient pas. Ce qu’ils peuvent dire, c’est que les premiers disciples de Jésus en viennent à croire, très peu après sa mort, qu’il a été relevé, et que cette croyance transforme un mouvement vaincu en mouvement missionnaire.

La transformation est rapide. En une génération, les disciples de Jésus, menés par Pierre, Jacques et Jean, proclament la résurrection à Jérusalem et au-delà. Paul de Tarse, un pharisien qui a persécuté le mouvement et qui n’a jamais rencontré Jésus de son vivant, devient son missionnaire le plus efficace, portant le message au monde gentil, non juif, de la Méditerranée orientale. Les lettres de Paul, écrites dans les années 50, sont les documents chrétiens les plus anciens qui survivent, et elles montrent un mouvement déjà répandu dans tout l’Empire romain, débattant de la question de savoir si les convertis gentils doivent suivre la loi juive, et concluant, sous l’influence de Paul, que non. Cette décision, plus que toute autre, fait du christianisme une religion mondiale plutôt qu’une secte du judaïsme.

Les Évangiles sont écrits dans les décennies qui suivent. Marc, le plus ancien, est généralement daté d’environ 70, l’année où les Romains détruisent le Temple de Jérusalem. Matthieu et Luc, s’appuyant sur Marc et sur d’autres sources, sont généralement datés des années 80 ou 90, et Jean, le plus théologique des quatre, d’environ 90 à 110. Le Nouveau Testament contient aussi les Actes des Apôtres, les lettres de Paul et d’autres, et l’Apocalypse. Le canon, la liste des livres acceptés comme Écriture, met des siècles à se fixer, et les Évangiles qui n’y sont pas inclus, comme l’Évangile de Thomas, conservent d’autres traditions sur Jésus que les chercheurs continuent d’étudier.

D’un petit mouvement à une religion mondiale

Le christianisme grandit dans l’Empire romain malgré des persécutions périodiques, car il offre une communauté, un code moral et un espoir de vie après la mort qui séduisent toutes les classes. La conversion de l’empereur Constantin au début du IVe siècle, et son édit de Milan en 313, qui accorde la tolérance religieuse, change tout. Le christianisme devient la religion favorisée de l’empire, et en 325, le concile de Nicée, convoqué par Constantin, définit la doctrine orthodoxe de la Trinité, selon laquelle Jésus est pleinement Dieu et pleinement homme, une doctrine qui reste centrale pour la plupart des Églises chrétiennes. Les Églises se séparent ensuite, entre l’Orient et l’Occident en 1054, et entre catholiques et protestants au XVIe siècle, mais toutes font remonter leur lignée à Jésus de Nazareth.

Aujourd’hui, environ 2,4 milliards de personnes s’identifient comme chrétiennes, soit à peu près un tiers de la population mondiale, et Jésus est une figure de révérence dans d’autres traditions aussi. En islam, Jésus, connu sous le nom d’Isa, est un prophète, né de la Vierge Marie, qui a accompli des miracles et qui reviendra à la fin des temps, bien que l’islam n’accepte pas la crucifixion ni la divinité de Jésus telles que le christianisme les enseigne. Dans le judaïsme, Jésus est considéré comme un maître juif du Ier siècle, et non comme le Messie. Dans la culture laïque, son enseignement sur l’amour, le pardon et la dignité des pauvres continue d’être cité par des gens qui ne partagent pas la croyance chrétienne.

Le Jésus historique reste insaisissable, et cette insaisissabilité fait partie de sa portée. Il n’a laissé ni écrits, ni empire, ni institution. Il a été exécuté comme un criminel dans une ville de province, et ses disciples sont, selon les critères du monde, des inconnus. Pourtant, le mouvement qu’ils ont fondé a remodelé le calendrier, l’art, le droit et l’éthique d’une grande partie du monde. Qu’on l’aborde comme croyant, comme historien ou comme lecteur curieux, la question qu’il pose est la même que celle que ses disciples se sont posée : qui était cet homme, et pourquoi sa vie a-t-elle changé le monde ?

Sources

Cette notice s’appuie sur les quatre Évangiles et les lettres de Paul, sur les références à Jésus chez Tacite et Josèphe, sur l’Encyclopaedia Britannica et sur les ouvrages de référence de la recherche sur le Jésus historique, notamment les études d’E. P. Sanders, de John Meier et de Geza Vermes. Les croyances chrétiennes sont présentées comme des croyances, et la datation des Évangiles suit le consensus savant décrit dans ces sources.

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